Éloge des jardins

De l’agricole à l’horticole, une transition toute en cultures urbaines

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L’horticulture est un art ! Certains en font une branche de l’agriculture mais c’est limiter par trop peu les agencements possibles de ses cultures. D’ailleurs ne devrait-on pas décliner son nom au pluriel, les horticoles cultures : du maraîchage au paysage voilà bien des arboricultures, floricultures, serricultures et consœurs que déclinent cet art, l’art du jardin, potager, ornemental, thérapeutique, d’enfants, de promenade et de musique dans les kiosques anciens des parcs municipaux. En outre, le jardin est un formidable lieu de diversité des espèces végétales et de conservation des semences et l’on sait, aujourd’hui, à quel point la transmission libre et la reproduction gratuite des semences sont importantes. Il est également un lieu de conversations, tranquillement installé sur un banc, allongé sur l’herbe, le regard contemplant des images nuages, ou encore, agenouillé, les mains malaxant la terre, narrant des savoir-faire ancestraux.

Pour l’urbain que je suis, ce sont ces terrains de jeux, friches du passé ceintes de murs tagués et de grillages éventrés qui me révélèrent la nature, un espace inexploré empli d’une faune sauvage et d’havres imaginaires. Pour l’enfant que j’étais, l’aventure commençait là, dans des banlieues pas encore urbanisées, au sommet des murets escaladés où se composaient des carrés de cultures que dirigeait un jardinier en bretelles, le dos courbé par l’effort. C’était une frontière, une zone de transition entre ville et ruralité. La campagne s’étendait au-delà de cette limite et l’horizon s’étageait de montagnes boisées… Ces friches, anciennes zones ouvrières et nourricières des villes, sont souvent devenues ces vastes aires commerciales aux parkings désolants. Le rural s’est tellement éloigné de la ville que les urbains ne connaissent plus leur campagne. Celle-ci s’est dématérialisée comme les produits et les saveurs qui faisaient la richesse des terroirs.

La transition est un mouvement de fond, qui part de la base et s’étend transversalement en évitant autant que possible le piège de l’ascension. C’est un travail en profondeur qui s’effectue au niveau des acteurs locaux. Il est possible de le comparer à l’écosystème du sol qui très souvent bouleversé par des interventions extérieures, continue néanmoins son travail de vie. Ce travail est long et, dans la riche diversité propre à ces zones intermédiaires, l’expérimentation permet de « performer » des solutions viables, novatrices et collectives. Nous vivons actuellement dans un monde d’une efficacité redoutable mais tellement fragile.

Dans le cadre du Pays salonais en transition, trois femmes eurent l’idée de créer des jardins partagés. Ce fut un déclic pour moi : la transition passait prioritairement par la réponse aux besoins fondamentaux des personnes. Cette expérience de retrouvailles avec la terre s’engagea (et continue) avec une grande part féminine dans la mise en place de l’association « Tous Jardiniers ! ». La raison de cette féminité est sans doute dans « l’énergie de la femme en temps que gardienne de la vie » (le « Mouvement des femmes semencières »). Nous étions conscient que la qualité de l’alimentation est la question centrale de la vie. Elle implique une agriculture de proximité non soumise aux variations des cours énergétiques et aux différents intrants favorisant sa productivité. Dans nos pratiques consommatrices, nous sommes ce que nous mangeons et, par cela, nous fabriquons ce monde dans lequel nous vivons. C’est l’une des raisons qui fonde l’association et les missions qu’elle tâche d’accomplir : pédagogique (comprendre la terre), social (croiser et partager les vies), expérimentale (concevoir des terroirs jardins-paysages) et festif (célébrer les échanges et la maturité). Elle cherche à retisser un lien entre la terre et l’homme et partage l’éthique de la pemaculture : « prendre soin de l’humain, prendre soin de la terre et partager équitablement ». Place donc à la recherche, à la pratique et le jardin est ce lieu qui met en scène de nouvelles techniques respectueuses et copieuses des éco-systèmes. Le jardin est le lien entre campagne et ville, entre humain et terre, entre tâtonnement et art.

L’association « Tous Jardiniers ! » œuvre pour l’intérêt général au service des biens communs, favorise l’épanouissement personnel dans le cadre de la coopération, de la mutualisation et de la solidarité entre les individus. Elle appelle à ralentir pour élaborer des savoirs et des pratiques de qualité, émancipateurs, pluriels, impliqués et citoyens, qui ne se contente pas de résister aux attaques contre l’environnement et le social mais propose et expérimente en même temps des savoirs et pratiques de bien-être dans un cadre d’harmonie sociale, de vie protégée, durable, agréable et conviviale. Faire moins, mais mieux, avec plus de conscience et avec le plus grand nombre.

Reliez-vous, faites les jardins !

Olivier Dumas, membre du collectif de gestion « Tous Jardiniers ! » et… transitionneur

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