Structures dissipatives

dans la lettre Santé Nature Innovation par Jean-Marc Dupuis 

C’est le prix Nobel de chimie (1977) Ilya Prigogine qui a découvert les « structures dissipatives [1] ».

Une structure dissipative est un système capable de transformer de l’énergie perdue, « dissipée », et de la mettre au service d’un projet organisé, aboutissant à la création d’une forme ordonnée.

Ainsi par exemple le règne végétal sur terre est une immense structure dissipative. Elle exploite une partie de l’énergie du soleil qui, sans elle, se dissiperait dans l’univers.

Cette énergie frappe la terre et permet la photosynthèse : grâce à l’énergie solaire, les végétaux transforment le CO2 présent dans l’air, l’eau et des minéraux présents dans les sols ou dans l’eau de mer en matière vivante.

Une flore incroyablement riche se développe. Elle inclut les plus petites fleurs jusqu’au baobab géant, en passant par le plancton marin, les algues, les baies, les céréales et les fruits.

Ce règne végétal, à son tour, est exploité par d’autres « structures dissipatives » : le règne animal, le cortex cérébral (cerveau) et la civilisation humaine.

Les êtres humains utilisent en effet l’énergie perdue de la nature. Le feu, par exemple, surgissait à l’origine au hasard, des volcans ou des éclairs. En apprenant à maîtriser le feu, les hommes ont utilisé cette énergie pour chauffer leurs grottes, cuire leurs aliments puis forger le métal.

Plus tard sont apparues les machines à vapeur, l’électricité et la fission nucléaire.

Par paliers successifs, les structures dissipatives aboutissent donc à la création de systèmes aussi complexes que les smartphones, la bombe atomique mais aussi les pyramides d’Egypte, la Ve symphonie de Beethoven ou la Chapelle Sixtine !

Tout cela à partir de l’énergie produite apparemment « inutilement » par le soleil :

Soleil
 Foret
Maison

Eglise

Satellite

Les structures dissipatives transforment l’énergie perdue en systèmes ordonnés. Ainsi le règne végétal est une structure dissipative capable de transformer en matière organique (plantes) l’énergie solaire qui autrement se serait dissipée dans l’univers. Par palliers successifs, d’autres structures dissipatives (règne animal, cortex cérébral, civilisation humaine…) aboutissent à des créations aussi complexes que les satellites ou la Chapelle Sixtine peinte par Michelange (ci-dessus).

Utilisez-vous votre énergie psychique à bon escient ?

Votre cerveau est une « structure dissipative » particulièrement puissante.

Il exploite l’énergie diffuse de l’environnement qui était, à l’origine, dans le soleil, puis dans la nourriture, et enfin dans le système digestif. Il convertit cette énergie en énergie psychique (influx nerveux dans le cerveau) pour sentir, penser, commander à votre corps et structurer son environnement.

Le cerveau est capable de créer de l’ordre et, potentiellement, des bijoux technologiques ou des œuvres d’art d’une complexité phénoménale.

Mais bien sûr, comme tout système complexe, le cerveau humain peut rester à l’état de friche, désorganisé, stérile ou même nuisible.

Il peut ressembler à un fleuve puissant qui irrigue des terres fertiles et fait jaillir cultures, jardins, villes et monuments. Mais il peut aussi être semblable à un torrent de montagne impétueux et incontrôlé qui détruit tout sur son passage.

Dans le premier cas, vous êtes maître de vos pensées et de vos émotions :

  • Vous êtes capable de mobiliser votre énergie psychique pour des tâches utiles, qui vous apportent joie, sérénité, satisfaction. Vous développez toujours plus loin vos capacités créatrices et contribuez à améliorer le monde autour de vous.
  • Vous êtes apprécié de votre entourage, présent aux autres. Vous entretenez des relations harmonieuses avec vos proches et évitez les situations compliquées et conflictuelles.
  • En cas de déception, problème, accident, vous êtes capable de vous ressaisir et d’adopter une « stratégie transformative ».

L’expression « stratégie transformative » a été créée par le psychiatre George Vaillant. Elle s’oppose à « stratégie régressive ».

Adopter une « stratégie transformative » consiste, en cas de problème ou d’accident, à ajuster ses objectifs selon les contraintes nouvelles, à se fixer un nouveau but réaliste et à recommencer aussi vite que possible à construireavancerprogresser.

Cette capacité de « résilience », selon l’expression consacrée par Boris Cyrulnik, vous procure un bonheur authentique et durable, dans le succès comme dans l’adversité. Elle suscite l’admiration sincère des témoins qui vous voient faire.

Dans le second cas, le cas où vos pensées sont comme un torrent sauvage, vous êtes le jouet de vos émotions :

  • Vous passez d’une idée à l’autre, d’une excitation excessive à l’abattement, vous piétinez, n’apprenez rien de nouveau, perdez votre temps et faites perdre leur temps aux autres.
  • Vous cultivez des pensées sombres, pessimistes et anxiogènes. Vous déprimez votre entourage, qui vous fuit. Mais la première victime, c’est vous-même, puisque vous vous vous imposez un monde intérieur qui est pour vous comme une prison obscure, sale, nauséabonde, peuplée de créatures hostiles et inquiétantes.
  • Vous passez un temps excessif à des activités qui ne vous font ni grandir ni progresser : regarder passivement la télévision, feuilleter des magazines sans intérêt, surfer sur des sites de divertissement, errer dans les rues et les centres commerciaux, traîner dans des bars ou même rester assis sans rien faire.
  • À la moindre contrariété, vous explosez ou sombrez dans une résignation morbide. Les défis vous inquiètent et vous préférez fuir la réalité, par exemple en cherchant à « noyer » votre chagrin dans l’alcool ou avec d’autres moyens destructeurs. Vous vivez dans un état de peur, allant de la tristesse au désespoir. C’est donc bien une stratégie de « régression » que vous suivez. Votre vie vous semble dominée par l’absurde, le chaos.

Si vous connaissez des épisodes où vous vous sentez plutôt dans le second cas, alors continuez à lire. Vous découvrirez la force des « structures dissipatives » dans votre cerveau pour instaurer dans votre esprit l’ordre à la place du chaos.

Vous pourrez transformer le torrent sauvage de votre énergie psychique incontrôlée en un fleuve calme et puissant qui vous remettra sur les voies du progrès et du bonheur.

Convertir des événements neutres ou destructeurs en éléments positifs

Les éléments qui suivent sont tirés des travaux du grand psychologue d’origine hongroise Mihaly Csikszentmihalyi (prononcer Tchik-scène-tmi-aïe).

Il a travaillé toute sa vie sur l’importance de canaliser ses pensées pour trouver l’équilibre et le bonheur.

Mihaly Csikszentmihalyi explique que notre cerveau est une « structure dissipative » capable de tirer une logique du chaosqui nous entoure dans l’univers, et de mettre cette logique au service de nos objectifs, de notre progrès, de notre bonheur.

Selon lui, notre équilibre intérieur et notre capacité à nous développer dépendent de notre aptitude à convertir des événements neutres ou destructeurs en éléments positifs.

Imaginez que vous soyez employé de banque, à 45 ans, et que vous perdiez votre travail.

Suite à ce licenciement, certaines personnes vont se taire, rentrer chez elles et déprimer.

Elles ne parviendront plus à se lever le matin. Elles retourneront leur colère contre leur famille, leurs amis, ou se mettront à boire. C’est le début de la dégringolade. Vous aurez reconnu la « stratégie régressive ».

D’autres, au contraire, vont se prendre en main. Elles vont même profiter de l’occasion pour réaliser une évolution professionnelle qu’elles désiraient depuis longtemps.

Elles vont déménager, commencer une nouvelle formation qui les conduira à élargir le cercle de leurs amis et de leurs relations professionnelles.

Après quelques années, leur licenciement n’apparaît plus dans leur vie comme une tragédie, mais au contraire comme un tournant décisif qui leur a permis de connaître des expériences plus enrichissantes. C’est bien sûr la « stratégie transformative ».

Plus fréquemment, les deux types de stratégies se combinent : la personne qui connaît un grave échec commence par se mettre en colère, faire une bêtise. Puis après quelques jours, le calme revient et elle examine son problème sereinement, pour trouver des évolutions constructives.

La plus grande source d’admiration

La capacité de résilience est ce que les êtres humains admirent le plus chez les autres.

Ce n’est pas le fait de ne connaître que des succès dans la vie qui fait de vous une personne reconnue et admirée.

Au contraire, dans toutes les civilisations, celui qui n’a connu que des événements heureux sans jamais se confronter à l’adversité n’est pas considéré comme une personne complète, et ayant fait la preuve de sa valeur.

Tous les mythes fondateurs des civilisations reposent sur la même logique : l’épopée de Gilgamesh, les aventures d’Œdipe, les douze travaux d’Hercule, l’Odyssée d’Ulysse, les chevaliers de la Table-Ronde et la recherche du Graal.

Il s’agit toujours d’une personne confrontée à des dangers, incarnés par des « monstres », « sphinx », « hydres », « cyclopes », « sirènes », « magiciens » ou « dragons ».

Utilisant toutes les ressources de son astuce, de son habileté et de son courage, elle parvient à éviter ou vaincre les dangers. Grâce aux épreuves, le jeune garçon prouve sa valeur et acquiert le statut de héros.

Les dieux lui permettent alors de revenir chez lui et, en général, de se faire couronner roi (Œdipe, Ulysse, le roi Arthur).

À Sparte, dans la Grèce Antique, les enfants devaient d’abord traverser victorieusement des épreuves physiques incluant froid, douleur, solitude, pour être ensuite reconnus comme citoyens à part entière.

Dans de nombreuses cultures tribales, les rites d’initiation et de passage à l’âge adulte incluent des scarifications (se couper volontairement la peau avec une lame), le contact avec le feu, les braises.

Dans les Evangiles également, Jésus ne commence pas sa vie publique sans avoir d’abord montré sa valeur durant son jeûne de quarante jours au désert, au cours duquel il a prouvé sa capacité de résister aux tentations du diable.

Et dans la « vraie vie », le fait d’avoir su :

  • Reprendre vos cahiers après avoir échoué à un examen
  • Vous remettre à l’ouvrage alors que tout votre travail avait été détruit…
  • Reconstruire votre maison alors que tout avait brûlé…
  • Réapprendre à sourire alors que vous aviez perdu l’être qui vous était le plus cher…
  • Repartir au combat après une lourde défaite…

C’est ce qui fait l’étoffe des héros, d’un caractère accompli, d’une vie réussie. C’est le célèbre poème de Rudyard Kipling qui se termine par : « Alors, tu seras un homme mon fils. [2] »

Pour cela, il est important de prendre conscience que votre esprit a toute la puissance d’une « structure dissipative ». Il est fait pour vous aider à affronter les pires épreuves. Servez-vous de cette force !

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Source :

[1] Ilya Prigogine, Chaos, and Dissipative Structures

[2] élèbre poème de Rudyard Kipling, écrit en 1910.

 

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Wipikédia

Un système dissipatif (ou structure dissipative) est un système qui évolue dans un environnement avec lequel il échange de l’énergie ou de la matière. C’est donc un système ouvert, loin d’un équilibre thermodynamique. Un système dissipatif est caractérisé par la balance de ses échanges (échange d’énergie, création d’entropie), et l’apparition spontanée d’une brisure de symétrie spatiale (anisotropie) qui peut quelquefois laisser apparaitre une structure complexe chaotiqueLe nouvel état du système est stabilisé grâce à sa « consommation » d’énergie issue de l’environnement.[pas clair] L’expression « structures dissipatives » fut créée par Ilya Prigogine.

Un exemple simple est les cellules de Bénard. Des exemples plus complexes incluent les lasers, les réactions de Belooussov-Jabotinski ou même la vie elle-même. L’exemple le plus courant est celui d’un dissipateur de chaleur.

Un autre aspect notable des structures dissipatives est la brisure de symétrie temporelle qu’elles présentent.

Systèmes dissipatifs quantiques

Comme la mécanique quantique dépend fortement de la mécanique hamiltonienne, elle n’est pas intrinsèquement capable de décrire les systèmes dissipatifs. En principe on peut coupler faiblement le système, disons un oscillateur, à un bain, c’est-à-dire un assemblage de nombreux oscillateurs en équilibre thermique avec un spectre à large bande, et suivre (en moyenne) l’évolution du bain. Cela produit une équation principale qui est un cas spécial d’une situation plus générale appelée l’équation de Lindblad.

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