Une courbure du temps

Bon voilà, je fête 60 ans (1956-2016) de présence sur cette terre. Assez tôt je rêvais d’un autre monde, plus attrayant, plus magique, plus utopique. Ce n’est que bien plus tard que ces mots prirent le sens de compassion, de partage et d’égalité.

Petit, en bas de chez moi, le chiffonnier faisait de la récupération en tirant sa charrette en criant : « Patéreau, peau de lapin… »*. À cette époque là, on ne gaspillait pas, on reprisait les chaussettes, on entrait en peine dans le monde miroitant du jetable délaissant l’antique bon sens terrien. Le temps était tendu entre un passé de terre et un demain en pleine accélération. Mon père assista à cette fulgurante distorsion temporelle, lui qui était né alors que les gens se déplaçaient à cheval et disparut quand la sonde Voyager I franchissait les limites du système solaire. Un temps de décrochage montra les sociétés humaines s’écarter du foyer originel dans un devenir fantasmagorique et certains de ces membres s’engager dans la résistance d’un non-sens obstiné. Mes racines se sont accrochées dans ce monde sans terre, sur les murs des cités débordantes dans l’illusion d’un paradis salvateur. Les hommes courbaient leur dos, servitude volontaire pour une consommation planétaire.

Très vite, ces images trompeuses se sont effacées dans les crises, dans la perpétuelle crise, assouvissante, avilissante, insidieuse. J’ai ressenti l’indignation puis la révolte, pas encore écolo mais déjà libertaire, pas une prise de conscience mais une soif de bonheur partagé, pas encore une transition mais tellement de dégoût d’une planète sacrifiée, d’une humanité affamé, d’un vivant breveté, d’une gratuité privatisée.

Un temps de résistance qui perdure et doit le faire mais insuffisant, limité.

Aujourd’hui, le monde prend conscience et les consciences ouvrent la vision d’un possible à é-co-construire. Empreinte sur le territoire, Salon en Transition est en âge de Faire. Nous avons, ensemble, retissés des liens distendues. La transition les renforce dans ses groupes formels, informels, partenaires et amis, sensibilisant et activant des solutions locales. Cette transition est autant communicative que communicante. Elle donne et doit donner à chacun les ressources pour se former**. Vous êtes ces sources, celles qui manifestent des voies d’avenir.

Aujourd’hui, nous devons aller au-delà de l’intention, nous devons entrer dans le vivant, dans la satisfaction de nos besoins élémentaires, dans l’intérêt qui nous forge et pas celui qui rapporte. Nous devons plonger au cœur de nos vies dans le partage, mutualiser nos actions, co-opérer pour une économie économe dans des structures sociales et solidaires.

Aujourd’hui, sur le Pays salonais, nous sommes une force, un millier d’âmes sensibles à la transformation du monde. Et par delà, entre SEL et Roue, nous sommes mille et un usagers potentiels d’une plateforme d’échange qui met en lien et en bien les personnes.

« Notre conscience du présent… est également une anticipation du futur, une projection de l’avenir »

Alors, ce demain, déjà palpable, doit voir pérenniser nos actions sur le territoire. Nous pourrions, par exemple, mettre en perspective les compétences de chacun en réponse des besoins exprimés dans le cadre d’une structure multi-services, créatrice d’emplois durables et de partage de savoir-faire. Une contribution sur les échanges permettrait à la l’entreprise d’investir un lieu et développer des actions de vie partagées (ressourcerie, conserverie, réseau énergétique…).

Se donner les moyens financiers et humains de faire vivre nos projets, se donner la possibilité de rémunérer et d’élaborer des savoirs sociaux de qualité, exister enfin comme seule alternative crédible dans la recherche de sens à nos vies, se rendre désirable d’un Bonheur Local Brut, nous porteraient au seuil d’un nouveau monde visible au plus près du génie naturel, à la condition qu’ensemble nous investissions cet avenir.

Êtes-vous partant ?

OlyD

Jardiner locale en transition planétaire

« Le présent déjà n’est plus, il est déjà passé, mais il existe dans le « design » d’un demain en (r)Évolution. »

* Nom employé dans le sud-est, et plus particulièrement dans le Dauphiné. http://histoireetpatine.canalblog.com/archives/2011/10/20/22416840.html

** A ce propos : « En cours de vie, parcours de terre » est une suggestion de projet pour sensibiliser la jeunesse, et dans une moindre mesure des adultes, sur l’alimentation et la santé à travers des parcours de terre, à la rencontre des gens du pays, paysans et acteurs locaux.

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