Monnaies locales (wiki)

Une monnaie locale est une monnaie « interne », créée par une association ou une municipalité pour servir dans les échanges locaux de biens et services, sur le modèle des SEL (Systèmes d’Echanges Locaux). Ce sont en général des monnaies non convertibles et « fondantes », c’est-à-dire qu’elles perdent leur valeur avec le temps (tout comme les Tickets restaurants ou les bons de réduction des grandes surfaces ont une validité limitée) et ne peuvent se thésauriser. La monnaie locale la plus simple est le « time-dollar » ou échange de temps mais qui ne peut se généraliser (car ne tenant pas compte des différences de qualification ni du fait que le travail ne se mesure plus par le temps passé).

La monnaie est l’énergie du monde de l’information, sa face quantitative qui est non seulement toujours contestable mais qui ne peut augmenter car toute inflation diminue sa valeur, sorte de taxe sur les dettes, le passé et l’argent qui dort, ce qui est d’ailleurs utile car une inflation raisonnable (plus de 3% et moins de 10%) encourage l’activité contrairement au dogme central de l’Euro. Une grande partie du chômage est « keynésien », c’est-à-dire conséquence d’un manque de liquidités pour financer des emplois, en général à cause de la lutte contre l’inflation et d’un manque de politique keynésienne justement. C’est notamment le cas dans la zone Euro mais on a vu aussi comme la crise monétaire en Argentine avait pu provoquer un chômage de masse immédiat. Les monnaies locales peuvent donc réduire le chômage mais peuvent aussi créer de l’inflation, exigeant une gestion politique fine, comme toute monnaie.

Leur rôle est principalement de permettre une relocalisation de l’économie en favorisant les échanges locaux sans dresser de nouvelles barrières douanières. En plus de fournir des ressources nouvelles pour valoriser la production locale, les monnaies locales permettent aussi d’échapper à certaines taxes comme la TVA, ce qui fausse la concurrence au profit des prestations locales (la TVA devenant un droit de douane local).

Audio : Jean Zin interrogé par les Verts sur les monnaies locales

Création d’une monnaie complémentaire

Voici ce qu’en dit Bernard Lietaer, l’auteur du « Futur de la monnaie », un des meilleurs spécialistes des monnaies alternatives (il a participé au Club de Rome ainsi qu’à la conception de l’Euro) :

Si vous deviez convaincre les responsables politiques d’une ville d’accepter une monnaie complémentaire, quelles questions leur poseriez-vous ?
B. L. : Je leur demanderais quels sont les besoins et les objectifs qui ne sont pas remplis à l’échelle de cette ville. En d’autres termes, que leur manque-t-il ? Je leur demanderais enfin quelles sont les ressources qu’ils estiment sous-employées dans cette même ville : les gens sans travail, les espaces vides et inoccupés, la nourriture non consommée… Il y en a beaucoup plus qu’on ne le pense. La monnaie complémentaire est une manière de construire un pont entre ces besoins sans réponse et ces ressources inexploitées.

Quelques conseils pratiques pour le lancement d’une monnaie complémentaire

Le plus difficile n’est pas de concevoir une nouvelle variété de monnaie complémentaire ni même d’organiser son mode de fonctionnement, mais de la faire accepter (et utiliser) par la communauté. Les monnaies officielles ont pour elles l’histoire et la force de l’habitude, ainsi que (et ce n’est pas mince…) le privilège du pouvoir légal de payer les dettes, publiques et privées. Ce n’est pas le cas de votre monnaie locale, qui doit donc bâtir sa crédibilité sur autre chose.

Crédibilité : le maître mot faute duquel rien ne peut aboutir.

Pour réussir, trois facteurs clés :
– le choix du moment approprié
– la volonté et les qualités des promoteurs du système
– le mode d’organisation.
1. Choisir le moment approprié
Les anciens Grecs distinguaient deux types de temps : Kairos (le « temps parfait ») et Chronos, le temps ordinaire. La même initiative, entreprise par les mêmes personnes, peut déboucher sur des résultats différents en fonction de la période de mise en œuvre.
Le moment en question peut se présenter a priori sous des dehors positifs ou négatifs. Par exemple, la forte augmentation du taux de chômage en France et au Royaume-Uni, ou les crises monétaires argentine et mexicaine, ont constitué un terrain particulièrement propice au développement de monnaies complémentaires.
Le « bon moment » peut aussi renvoyer à la constitution d’un groupe de personnes qui décident d’agir pour leur communauté. Ce qui nous amène directement au deuxième facteur.

2. S’appuyer localement sur un(des) animateur(s) de qualité
C’est peut-être le facteur le plus important : la personne, ou le groupe, qui impulse l’initiative monétaire doit posséder simultanément la vision, la capacité à entreprendre et le charisme requis.
La vision, pour se rendre compte qu’il est possible d’agir en dehors des sentiers battus ; la capacité à entreprendre, c’est-à-dire la volonté d’intervenir par rapport à une situation, et d’obtenir un résultat ; le charisme, enfin, pour convaincre la communauté d’appartenance d’aller dans le même sens. Si l’une des trois caractéristiques manque (et c’est malheureusement souvent le cas), le projet va à l’échec, ou bien on reste dans le discours, sans effets concrets. L’équipe qui, au contraire, cumule les trois qualités a toutes les chances de donner au projet de monnaie complémentaire la crédibilité dont il a besoin pour réussir.
Rappelez-vous : la valeur de l’argent repose avant tout sur la confiance, donc sur la fiabilité des promoteurs des systèmes complémentaires. De surcroît, cela va également déterminer l’ampleur et la nature du dispositif monétaire mis en place : si le réseau et la renommée de l’équipe s’appliquent à un quartier, il faut travailler à ce niveau ; si, en revanche, ils peuvent mobiliser une région entière, on peut faire fonctionner le système à l’échelon régional.
Pour conclure sur cet aspect, il est un commentaire de Lao-Tseu qui correspond tout à fait bien à la dynamique des mouvements sociaux : « La meilleure gouvernance, c’est quand les gens finissent par affirmer qu’ils ont fait les choses eux-mêmes ».

3. Choisir un mode d’organisation adapté
La dernière étape consiste à sélectionner le bon système, celui qui s’adaptera le mieux à vos attentes… alors qu’il existe déjà toute une série de prototypes variés qu’il va falloir trier.

La suite…

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