Vouloir la gratuité

Une raison écologique de vouloir la gratuité

Paul Ariès, Viv(r)e la gratuité, La Sarkophage (comprendre, c’est désobéir), Hors Série.

La planète est véritablement en danger. Tous les indicateurs ont viré au rouge. Réchauffement planétaire, érosion de la biodiversité, crash alimentaire, pénurie d’eau potable,fin programmée de l’énergie et des matières premières bon marché, etc. Comment dans ce contexte d’effondrement environnemental prôner la gratuité? Comment ne pas admettre avec le capitalisme vert que la seule solution serait de donner une valeur éconpmique à la nature et de taxer les émissions de carbone?

Nous faisons le pari que seule la gratuité peut nous libérer de la contrainte économique et permettre d’inventer d’autres modes de vie. Nous sommes fous de gratuité car la planète ne peut supporter plus longtemps le productivisme et le consumérisme, nos émissions de CO2, nos gaspillages de matières rares, nos déchets polluants.

Un seul chiffre suffit à se convaincre de l’ampleur et de l’urgence du changement nécessaire, qu’il faudrait presque graver sur le fronton des mairies, à côté de la devise républicaine. Ce chiffre, c’est celui de la quantité totale d’émission de carbone que la Terre peut digérer chaque année: trois milliards de tonnes d’équivalent carbone. Nous avons depuis les années soixante-dix dépassé ce maximum pour atteindre aujourd’hui presque sept milliards de tonnes. Le calcul est donc vite fait: 3 milliards de TEC’ pour 6 milliards d’humains, cela donne 500′ kg par personne et par an. Soit un vol en avion aller/retour ParislNew York, 5000 kms par an en voiture, la fabrication d’un micro-ordinateur à écran plat, 200 clics par jour en moyenne avec notre petite souris sur Internet, etc.

Soyons honnête: ces 500 kg sont surestimés car la Terre absorbe désormais moins que ces trois millions de TEC compte tenu des phénomènes de rétroaction positive (les puits de carbone qui deviennent des sources) et la population a dépassé les sept milliards.

Nous avons donc besoin d’une véritable mutation si nous voulons survivre au XXIe siècle. Cette survie est d’autant plus aléatoire que le temps de la nature va plus vite que le temps politique … Si l’on n’inverse pas au plus vite la tendance, nous nous trouverons dans une situation de non-retour (les spécialistes parlent de seuils d’irréversibilité) d’ici 30 ans, alors qu’il faut longtemps pour enfanter un nouveau projet, pour en convaincre nos concitoyens, pour devenir majoritaire, faire des lois, les appliquer, en bénéficier, etc. D’où les tentations antidémocratiques qui pourrissent régulièrement le débat écologique.

Aucun gouvernement de sages ne sera jamais à la hauteur des enjeux. La seule solution réside dans un surcroît de démocratie, dans le rappel que la vraie démocratie, c’est toujours de postuler la compétence des incompétents. Nous n’avons pas le choix: il nous faut inventer collectivement un projet qui donne envie de changer de vie. La gratuité est

pour cela la meilleure façon de libérer les individus du désir d’imitation du mode ge vie des classes aisées, en leur permettant d’inventer d’autres modes de vie. Ce n’est pas par hasard que l’Équateur prône, à la fois, le refus du mode de vie occidental au nom de la défense du bu en vivir et le nouveau principe révolutionnaire de non-extraction des ressources rares et polluantes. Ce projet Yasuni-ITT constitue, malgré ses limites, l’exemple à suivre: nous devons non seulement reconnaître notre dette écologique envers les pays pauvres et contribuer au financement de ce projet, mais faire, chez nous aussi, 1 000 autres projets Yasuni. Le fait qu’Alberto Acosta, père de ce projet, ex-ministre de l’Énergie, soutienne ce point de vue montre la convergence qui se construit dans le monde. Mais cela ne sera possible que si nous avons quelque chose d’aussi fort à proposer que le « toujours plus », quelque chose qui nous libère des solutions capitalistes productivistes. Parions que la gratuité nous permettra de refaire société de façon durable en libérant toutes les forces instituantes, notamment politiques. Le seul autre pari possible est celui de l’adaptation de la planète et de l’humanité elle-même aux besoins du productivisme. Projet contre projet. Pari contre pari.

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