Expérimentons les formes coopératives !

par Liane Mozère

Discussion autour de l’écologie politique : Expérimentons les formes coopératives !

 On n’est pas des « déçu-e-s du processus », même si on leur est proches, on est peut-être « en marche » mais peut-être aussi à contre-pied, à contre-courants et, en tous les cas, contre vents et marées. Et nous lançons un cri de joie : lançons, expérimentons, inventons la coopérative. Des coopératives de toutes les couleurs, de toutes les formes. Musicales, dansantes, mutantes, effervescentes, créatives. Que ce soient des coopératives murmurantes, des coopératives sonnantes, des coopératives discordantes ou des coopératives hybrides, elles sont toutes égales en puissance, elles sont toutes à leur place : elles coopèrent, elles sont vivantes. Ce sont les possibles auxquels ouvre le processus coopératif. Il est en germe depuis les élections régionales, il manifeste (prend acte de) la manière dont le désir de Dany C-B a pu se connecter à ce rassemblement hétéroclite et hétérodoxe qui, à travers des subjectivités singulières de chacun-e, a machiné ce possible à proprement impensable et inédit jusque là.

Nous prenons cette incarnation (manifestation) au pied de la lettre. Nous souhaitons être dignes de ce qui nous est arrivé à tou-te-s à ce moment-là. Nous voulons veiller et prendre soin précautionneusement, mais fermement, de cet espace-temps qui s’est ouvert en libérant et en augmentant des puissances d’agir (des forces de vie) que nous croyions avoir perdues. L’improbable est la plus grande chance du processus coopératif. Si nous ne le saisissons pas immédiatement, il s’éclipsera et se noiera dans les rets des systèmes politiques, économiques, financiers, sociaux, culturels, médiatiques dominants. Le capitalisme envahit et occupe nos subjectivités dans un maillage d’une extrême finesse (c’est la « société de contrôle » que décrit G. Deleuze dans Pourparlers), sous la forme d’une « sémiotisation de subjectivation » (Guattari, Assujettissement sémiotique, inédit). Echapper, ne serait-ce que par fulgurances ou au cours de moments magiques, à cet assujettissement, suppose de donner voix à tou-te-s les expérimentatrices et les expérimentateurs visibles mais séparés ou invisibles et donc niés. L’écologie mentale permet de rendre justice à cette dimension d’engagement subjectif, où elles/ils peuvent être entendues, vues, portées au dehors, au delà de leur univers, où le local est intimement lié à l’ailleurs, à ce que Glissant et Chamoiseau, dans leur livre magnifique L’intraitable beauté du Monde. Adresse à Barack Obama, appellent le « Tout-Monde ». Les coopératives dont nous avons à discuter, dans le consensus et dans le dissensus, le mode opératoire, la manière dont nous saurons inventer des plages où puissent se rencontrer, s’hybrider, s’enrichir et se partager toutes ces micro-révolutions adviendront si nous parvenons à nous déprendre des habitudes partidaires qui, hélas, nous habitent quasi naturellement. Les partis saisissent bien entendu des bribes de ces voix éparses, ils y sont plus ou moins attentifs. Par contre ce qu’apporte de neuf l’idée de coopérative, c’est de s’efforcer, par tous les moyens, de créer un espace inédit qui recueille ce que les personnes et collectifs singuliers développent comme intelligence. Une coopérative, contrairement aux partis, ne propose pas un programme, elle ne connaît pas les réponses. Ces soi-disant muet-te-s et ces soi-disant incompétent-e-s développent des savoirs et des expériences, laissés en friche et rendus invisibles. Elles/ils ont des avis, des conceptions, des idées, des propositions sur les enjeux sociaux, économiques, politiques, culturels, écologiques mais sur les scènes où elles/ils sont placé-e-s, on les ignore, on leur souffle des réponses toutes faites, des opinions, des mots d’ordre. Ils ne trouvent pas d’arène où puissent se déployer leurs compétences et leurs savoirs. Ces ressources sont pourtant là : la coopérative doit chercher à les mettre en lumière et en musique. Il existe une multitude d’expérimentations qui ne demandent qu’à accéder à un espace public, à un espace commun pour ne pas dépérir mais au contraire acquérir de la puissance. Il n’y a pour cela nul besoin de médiateurs ou de chefs, c’est en coopérant que s’inventeront les modes d’agir, les chemins de traverse et les échappées. Dans un monde globalisé et fragmenté dont nous devons prendre soin, c’est la forme appropriée pour développer une écologie politique et mentale.

Nous décidons donc de plonger dans l’inconnu de ce que sera le processus coopératif afin qu’il s’amorce et se développe. Faire de l’écologie politique autrement, c’est permettre aux singularités de s’en saisir, là où elles/ils sont, de la manière qui leur convient, avec leur tempo, selon leur sensibilité. La nôtre nous souffle de partager déjà, dans la bonne humeur, l’humour et sans esprit de sérieux si possible, les quelques pistes de travail que nous avons explorées avec celles et ceux que ces questions affectent. Pour cela une petite liste à la Prévert. Comment développer une écologie mentale et ce dès le plus jeune âge au moment où rien n’est joué en termes d’assujettissement ? Comment déborder des milieux traditionnellement sollicités (associations, groupes de toutes natures) sans négliger de leur proposer de coopérer, autrement dit, comment créer des conditions de fonctionnement qui permettent d’affecter et d’entendre les jusque là sans-voix ? Nous avions proposé des permanences, des lieux où l’on passe et qui accueillent : comment les imaginer en tant qu’arènes d’une écologie politique?  Comment penser ce que La Boétie (XVè siècle) mais aussi, à la même époque, Li Zhi en Chine appellent la servitude volontaire ? Autrement dit, comment par une cartographie de nos captivités extérieures et intérieures s’en détourner par des chemins buissonniers ? Si l’on s’accorde sur l’analyse de Félix Guattari sur les groupes assujettis et les groupes-sujets on peut, par petits pas et par approximations, comprendre ce que pourrait être une démarche coopérative. Les groupes assujettis ont pour finalité de perdurer, de se maintenir, de délimiter de manière obsessionnelle le dedans (nous) et le dehors (les autres). Ils fonctionnent de manière verticale et hiérarchique (chacun-e à sa place et les vaches seront bien gardées), se recroquevillent sur leur identité de groupe et sur un fort sentiment d’appartenance de ses membres. Le groupe-sujet, au contraire, celui qu’il conviendrait peut-être d’expérimenter à travers le processus coopératif,  se joue des oppositions vertical/horizontal, il est transversal aux thématiques, aux sphères d’action, aux émergences de désir. Il fuit par tous les bouts, il est ouvert sur l’extérieur, il est transitoire et temporaire, le temps d’un objectif partiel, comme il peut durer sans cesser d’être affecté par tout ce qui lui est étranger, à tout ce qui advient. Ce qui signifie qu’il peut proliférer, se connecter en totalité ou partiellement à d’autres agencements collectifs d’énonciation. C’est un « objet » (transitionnel) à géométrie variable qui est capable, en se saisissant des occasions de contact avec le dehors, de relier des singularités, des groupes, des expérimentations en apparence hétérogènes en formant un réseau-rhizome. C’est ainsi que le processus coopératif peut mettre en mouvement et en correspondance des niveaux jusque là étanches, des évènements jusque là dis-joints, des mobilisations subjectives transversales qui peuvent effacer les appartenances (le moi et l’identité assignée), les classifications et les protocoles (programmes) en vue d’une fin définie par avance. Cf plus haut la servitude volontaire.

Nous proposons une réunion le 9 mai. C’est aussi par le petit bout de la lorgnette, par le microscopique et dans le détail, que les questions politiques du moment (les révolutions arabes, le vote Le Pen) mais aussi infra-individuelles pourront trouver non des réponses déclamatoires parfois nécessaires, mais bien des lignes de fuite porteuses de possibles, peut-être pour l’instant improbables mais qui nous surprendront toujours. Coopératives et verdoyantes amitiés.

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